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Ecole Lémanique d'Armes Anciennes

un site de spectacle et cascade

L'ère des Grands Maîtres

I. La période médiévale jusqu’au début du XVIe siècle.

Il existait peu de principes solides sur la manière de perfectionner sa technique à l’épée. Les maîtres étaient pour la grande majorité des vétérans de l’armée et transmettaient pêle-mêle des techniques, mélangeant l’escrime, le maniement de la dague et des prises de lutte. En fait, tout ce qui pouvait aider à un pratiquant à survivre. Pour Egerton Castle " chaque maître enseignait une panoplie d’astuces qu’il avait découvert durant une vie riche en expériences, qui en général avaient eu du succès lors d’affrontements personnels, et qu’il avait entraîné jusqu’à ce que la facilité et la rapidité dans son exécution rendent ses astuces très dangereuses pour un adversaire qui manquait de pratique".

Tout cela allait changer. Le traité connu le plus ancien sur l’escrime est un manuscrit d’Allemagne du sud, anonyme, de la fin du XIIIe siècle, le I.33, dont l’original se trouve actuellement à l’Arsenal royal de Leeds (nord de l’Anglette). En 32 pages, des images montrent un prêtre (sacerdos) instruisant un étudiant (scolare) dans l'utilisation de l'épée dans le combat simple. I.33 nous montre une forme sophistiquée du maniement de l’épée et de la targe, ainsi que des mouvements de lutte, avec des commentaires en latin. De I.33 à la fin du XIVe siècle, la peste noire, la guerre de cent ans, la révolte des paysans, et une variété de calamités sociales semble avoir fait avorté la production (ou la survie) de tout autre manuscrit d’escrime pendant presque cent ans. En France, le prétendu "berceau de la chevalerie" et son rival, l’Angleterre, ont quasi totalement effacé du ruban historique les traités d’arts martiaux.

 

Parmi les rares manuscrits qui ont survécu citons "Le Jeu de la Hache", un manuel de combat à la hache d’origine bourguignonne de 1475, et les manuscrits MS. 39564 et MS. 3542, tous deux du XVe siècle. En Souabe (région historique d' Allemagne, située à cheval sur l'ouest de la Bavière et le Bade-Wurtemberg, elle englobait aussi une partie de la Suisse et de l'Alsace actuelle).

 

Un maître d’armes de Nuremberg, Johannes Liechtenauer, publie un traité en 1389. Le manuel contient 114 pages de textes parmi lesquels on y retrouve seulement deux pages comportant des illustrations. Son traité donne de nombreux conseils sur les feintes, les estocades et les parades. Nous avons peu d’informations biographiques sur Liechtenauer, seulement des bribes données par ses étudiants et leurs descendants. Nous savons qu’il a voyagé dans tout le Saint Empire Romain Germanique et l'Italie, recueillant les diverses techniques des maîtres locaux. Liechtenauer a noté ses enseignements en un ensemble de "vers cachés" qui ont été conçus pour occulter intentionnellement les méthodes de son art pour toute personne qui n'avait pas été formée par le maître ou des membres de son cercle intérieur. Nous n'avons pas le texte de Liechtenauer, seulement les manuels écrits par ses étudiants. En effet, vers la fin du XIVe siècle, les étudiants de Liechtenauer, à la mort celui-ci, ont interprété les vers cachés du maître et ont expliqué toutes les techniques et la philosophie de son école. Hanko Doebringer a édité le premier de ces manuels en 1389. Bien que l'arme primaire qu'il a enseignée ait été l’épée longue, les enseignements de Liechtenauer ont inclus presque toutes les armes médiévales communes (épée une main, épée bâtarde, épée deux mains, épée et targe, et différentes armes d’hast). En 1459, un autre maître d’armes allemand du nom de Hans Talhoffer, compile son Alte Armatur und Ringkunst. Le manuscrit vulgairement traduit par: "Anciennes armures et combat dans l'arène" a été publié en Bavière (1459) par Hans Talhoffer, transcrit par Michael Rotwyler. Hans Talhoffer posa lui-même pour les illustrations. Le manuscrit présente plusieurs aspects des techniques de la guerre, incluant des engins de sièges, des illustrations avec de courtes descriptions sur le maniement de l'épée à deux-mains, l'épée et la taloche (petit bouclier), l'épée et le bouclier, la dague, la lutte, les armes d'hast, les combats judiciaires ainsi que les combats montés. Nous retrouvons aussi une forme spécialisée de duel judiciaire avec des pavois armés, des épées, des masses, etc. En 1467 il publie son Fechtbuch aus dem Jahre 1467 (Livre d'escrime de l'année 1467) qui a été traduit en Français et republié à Prague en 1887 par Gustav Hergsell. Une seconde édition a été publié par VS Books, 1998, Herne (Allemagne). Ce traité est un catalogue d'escrime représenté par des illustrations accompagnées par de cours commentaires sur l'épée à deux-mains, l'épée et la taloche, l'épée et le bouclier, la dague, la lutte, les armes d'hast, le combat judiciaire et le combat monté (à cheval). Actuellement, nous connaissons très peu de choses au sujet de Hans Talhoffer, mis à part ce que nous pouvons en savoir par ses manuscrits. Cependant, il semblerait qu'il ait été un serviteur d'un noble du nom de Leutold Königsegg (il existe un château du nom de Königsegg en Allemagne). Il y a plusieurs illustrations dans le manuscrit de 1459 qui montrent l'auteur aidant Königsegg à mettre son adoubement (armure) et à accomplir certaines tâches attribuables au travail d'un écuyer. Dans les plaques 13 à 42 de son manuscrit, Talhoffer assiste son Maître dans la préparation de ce qui semble être un duel judiciaire. Fiore dei Liberi / Fiore de' Liberi da Premariacco était un maître d’armes de l’école bolognaise. Son traité Flos Duellatorum (fleur de bataille), 1410, est la source principale de l’école martiale italienne du XVe siècle, particulièrement dans le maniement de l’épée à deux mains. Son travail inclut également l’usage du poignard, du bâton, de l’épée courte, de la hache emmanchée (poleaxe) et de la lutte. Nous savons que Fiore a étudié sous la férule de maîtres d’armes allemands et sa méthode reflète des aspects de leur école. Flos Duellatorum est un des manuels les plus important dans l’art du combat et le plus complet de la période, elle comporte une méthode intégrant le combat armé et à mains libres, en armure et sans, à pied et à cheval. Trois versions différentes de son travail sont connues pour avoir survécu: l'édition de "Pissani-Dossi", une édition du début du 20ème siècle d’après un fac-similé F. Novati (l'original est maintenant perdu), est partiellement en vers latin et est souvent appelé le Flos Duellatorium in Armis ; les deux autres versions se trouvent maintenant dans le Getty Museum et au Pierpont Morgan Library, toutes les deux entièrement en italien, désigné sous le nom de Fior Battaglia. L’invention de l’imprimerie par Johannes Gutenberg, en 1450, donne lieu à une explosion des livres sur la science de l’escrime. En Angleterre, le tirage moyen d’un traité d’escrime était de 1250 exemplaires, l’équivalent d’un important succès en librairie aujourd’hui. Vers 1500, on trouvait des ateliers d’imprimerie dans chaque ville importante d’Europe. Entre 1516 et 1884 il fut publié plus de 500 ouvrages sur l’escrime. Cette nouvelle science acquit une telle renommée que de grands artistes lui prêtèrent leur talent. Pour n’en citer qu’un, Albrecht Dürer, en 1512, prépara une série de 123 gravures à l’eau forte qui illustraient des clés (prises d’armes ou de bras) et des mouvements de lutte ainsi que 52 gravures de combat à l’épée et à la dague.

 

II. La Renaissance et l’école italienne

En 1413, Neppo Bardi, un professeur de l’université de Bologne, obtient une licence des autorités municipales pour ouvrir une école d’escrime. Nous avons la première preuve d’une institution éducative offrant une instruction dans l’art du maniement de l’épée. Nous ne savons rien sur la méthode d’enseignement de Badi mais il apparaît qu’il soit à l’origine de la fondation de la pédagogie de l’escrime du XVIe siècle à Bologne. Il semblerait qu’à partir du XVIe siècle les principes de base de l’escrime dite "moderne" européenne soient bien établis en Italie. Des nombreux traités comportent des informations sur la manière de tenir une épée, la division et les différentes parties d’une arme, la description de différentes gardes, l’exécution d’attaques, de parades et d’actions contre offensives. De cette nouvelle science, les italiens se distingueront les premiers comme théoriciens. Le maître le plus lu à l’étranger sera Achille Marozzo. Se faisant appeler ″le gladiateur de Bologne″, il publia son Opera Nova en 1536. Marozzo fut le premier à établir un système général. Il décrit, entre autre, comment repousser une attaque avec la main faible (avec différents boucliers ou avec la cape). Opera Nova épuisa cinq éditions dans les cent ans qui suivirent sa parution et certaines de ses illustrations seront plagiées jusqu’au XVIIIe siècle. Il est probable que des traces de la méthode d’enseignement de Badi subsistent dans les techniques décrites par Marozzo. Selon Il libro del cortesano (Le livre du courtisan), publié à Venise en 1528, tout homme d’un certain lignage se devait de connaître tous les types d’armes. L’auteur, grand dandy et homme de lettres, Baltasar Castiglione, observa que le courtisan idéal devait posséder force, légèreté et rapidité en plus d’être capable de manier tout type d’épée. Son livre fut, avec De la pittura (De la peinture) (1435) de Leon Battista Alberti, le livre le plus lu et le plus influent des traités de la renaissance italienne. Les techniques d’escrime devenaient très utiles à une ambitieuse haute bourgeoisie comme qualité nécessaire à l’ascension sociale et plus seulement comme forme d’autodéfense. En 1553, Camillo Agrippa, milanais, dédia son Trattato di scienza d’arme (Traité de la science des armes) à Cosimo de Médicis, Duc de Florence, avec des gravures qui, selon certains contemporains, furent faites par son ami et partenaire d’escrime Michel Ange. Architecte (il édifia l’obélisque de la place Saint Pierre de Rome), ingénieur et mathématicien, Agrippa est renommé pour avoir appliqué la théorie géométrique pour résoudre des problèmes dans le combat à l’épée. Dans son traité, il propose des changements conséquents : il démontre l’efficacité de tenir l’épée devant le corps et simplifie les gardes de Marozzo pour les réduire à quatre (prima, secunda, terza, quarta), qui correspondent encore aux gardes employées aujourd’hui. Très pragmatique, il démontre l’importance, pour un droitier, d’avoir le pied droit en avant. C’est simple mais efficace. Il pratiqua et expérimenta ses techniques dans de nombreuses rencontres ″personnelles″ dans les rues obscures et tortueuses de Rome. Si Agrippa n’a pas inventé l’estoc en tant que tel, il décrit une attaque de pointe en tendant le bras armé et en faisant reculer, jusqu’à être tendue, la jambe arrière. Il étudia les mouvements de tête des coqs de combat pour les techniques d’attaque en pointe. C’est probablement la première fois qu’en Europe on utilisait le mouvement animal comme analogie des mouvements humains. L’œuvre d’Agrippa était extrêmement originale. Giacomo Di Grassi, de Modène, fixe une ″classification de l’escrime″. Il divise la lame de l’épée en différentes parties et réduit le nombre des gardes basiques à trois. Il fut clairvoyant en insistant sur l’importance des distances et de là sur le jeux des pieds. La perspicacité psychologique de son traité Ragione di adoprar sicuramente l’arme (Raisons d’utiliser avec sécurité les armes), 1570, transformera l’escrime. Personne n’avait cru possible d’analyser un affrontement qui pouvait durer quelques secondes. Di Grassi avançait que la majorité des éléments d’un combat pouvaient s’analyser et que les qualités basiques de la rapidité, de l’équilibre et de l’utilisation efficace du corps et de l’esprit pouvaient s’améliorer grâce à l’entraînement. Son traité fut publié dans une édition anglaise en 1594 sous le titre de Giacome di Grassi his true Arte of Defence. On dit de Di Grassi qu’il était un professeur tyrannique, il demandait à ses élèves de combattre torse nu et d’avoir les pointes de lames effilées. Nous avons là l’origine du premier-sang qui est resté dans les duels jusqu’à nos jours. La rumeur prétend qu’il avait l’habitude de tirer à l’arme à feu tandis que ses étudiants pratiquaient afin d’augmenter la pression et de contrôler leur concentration. Les travaux de Di Grassi seront abondamment traduits : Saint Didier traduira le traité de son maître pour l’école française en 1573. Jacques de Zeter le traduira pour l’école allemande en 1619. Durant les décennies qui suivirent, une série de maîtres italiens définirent la structure de l’escrime dont Ridolfo Capoferro de Sienne, qui dédia en 1610 son traité intitulé Gran simulacro dell’arte e dell’uso della Scherma à Don Francesco Maria della Rovere, Duc d’Urbino. Capoferro a largement contribué à fixer les principes de l’escrime : il en défini les termes, présente les principes d’une manière organisée et traite en détail la théorie de l’escrime. L’œuvre de CapoFerro présuppose que le lecteur possède une certaine connaissance des théories de l’escrime et de la compréhension dans le maniement de la rapière. Son traité a été écrit à une époque où l’homme vivait et mourrait par l’épée, la connaissance des armes y avait donc une importance non négligeable. Les théories qu'il a avancées ainsi que le système mis en place ont été à peine améliorées avant Rosaroll et Grisetti dans leur traité La scienza della scherma (la science de l’escrime) en 1803 ! Beaucoup de gens considèrent le travail de Capo Ferro comme étant le travail le plus complet et le plus compréhensible sur la rapière italienne à n’avoir jamais été édité. Bien que les travaux de Cavalcabo, de Fabris et de Nicolas Giganti aient été également édités autour de cette époque, Gran Simularcro Dell'arte e Dell'uso Della Scherma est devenu le texte le plus considéré de l’époque. Chacun de ces maîtres ont contribué à faire de l’escrime une activité autonome, séparée des exigences du champ de bataille. Une grande partie des procédés de l’escrime avaient été établis. Le XVIe siècle et le début du XVIIe siècle furent témoins de la réponse des gens à l’idée renaissante (qui provient de la renaissance) des nouvelles formes de combats (par l’utilisation de la rapière et de l’épée de cour). Oakeshott a assurément raison quand il affirme que la période autour de 1500 et jusqu’à 1620 fut la plus importante pour l’épée comme pour toute l’humanité; son utilisation avait cessé d’être un privilège confiné à la seule classe chevaleresque. Il était reconnu que l’Italie était le chef de file mondial (pour l’époque l’Europe était le monde) dans le domaine de l’escrime. Autant en Angleterre qu’en France, le maniement de l’épée n’était plus contesté dans la tapageuse Europe du XVIe siècle. Il devint évident que l’escrime était devenue une nécessité. En effet, avec le développement des États modernes, les armées rassemblaient de plus en plus de combattants. Ils s'accoutumaient à la violence et au maniement de l'épée. La paix revenue, ils couraient le pays. Ces soldats démobilisés étaient dangereux, redoutés et redoutables, notamment en raison de l'inaptitude des sociétés civiles contemporaines à les réintégrer en leur sein, en temps de chômage. Effrayées par la soldatesque, les populations de la Renaissance, qui par ailleurs avaient accès à des armes fabriquées en masse, moins onéreuses que dans la période précédente, prirent l'habitude de porter l'épée.

 

III. La renaissance et l’aparté espagnol

Cependant, alors que les Italiens, et suivant leur exemple, les français, les anglais et les allemands découvraient que la simplification amenait au progrès, les espagnols décidèrent de faire du noble art un rituel occulte et élaboré. Don Jeronimo de Carranza, maître d’armes à Séville, publia en 1582 le Libro que trata de la filosofia de las armas, y de su destreza, y de la agresion y defension cristiana (livre qui traite de la philosophie des armes, de son utilisation et de l’agression et défense chrétienne), connu comme le plus ancien traité d’escrime espagnol. Il propose une thèse si abstraite qu’elle en devient quasiment incompréhensible. Son système basé sur la théorie du cercle magique, est marqué par la pensée de Giordano Bruno. Il peut être considéré comme une forme de magie naturelle à l'usage des armes. Le système d'escrime de Carranza sera repris par son disciple Pacheco de Narváez et importé en France par Thibaut d'Anvers. L'escrime française subira l'influence de Carranza en conservant la notion de Tacto (le tact), qui deviendra une spécificité française sous le nom de sentiment du fer.

 

IV. L’école française.

Aucune école d’escrime officielle ne semble avoir existé avant le XVIe siècle. Les premières institutions ont été accaparée par les maîtres italiens dont certains noms sont passés à la postérité sous une forme francisée, à l’exemple de Caize qui enseigna à un certain De Jarnac le fameux ”falsomanco” qui permis à celui-ci de vaincre son adversaire La Chastaigneraie. Il faut aussi rappeler que les mercenaires allemands employés dans les troupes françaises étaient généralement utilisés pour l’instruction dans l’art du combat. En France, il ne fallut pas longtemps aux maîtres d’armes pour se rendre compte de la nécessité de développer une nouvelle école d’escrime pour s’adapter à une arme nouvelle : la rapière. Jusqu’au milieu du XVIe siècle, les français avaient été dépendants des italiens, à tel point que la reine Catherine de Médicis avait engagé différents maîtres italiens en France pour développer cet art. Les maîtres d’armes jouissaient de tant de succès qu’en 1567, le fils de Catherine, Charles IX, reconnu officiellement l’Académie d’Escrime Française. Les monarques suivants continuèrent à patronner l’Académie. Louis XIV octroya à celle-ci ses armoiries et concéda des titres de noblesse aux six plus importants maîtres. Après avoir étudié l’escrime avec un maître reconnu pendant six ans, on pouvait devenir membre de l’Académie. L’enseignement de l’escrime en France devint dès lors un monopole des membres de celle-ci. L’Académie établit rapidement une escrime française codifiée pour la première fois en 1605 par le maître Le Perché de Coudray, qui mit l'accent sur un mode plus flexible pour tenir l’arme : le pouce et l’index de chaque côté de la poignée de la garde. Cette façon de tenir l’arme permit d’être plus subtil dans ses mouvements et amena à une réduction de la taille et du poids de ladite poignée. Pour obtenir un bon équilibre de l’arme, la taille et le poids de la garde doit être en adéquation avec la taille et le poids de la lame. Donc, qui dit réduction de la taille de la poignée dit aussi réduction de la longueur de la lame, on obtient ainsi une arme plus maniable : l’épée de cour. Dès lors, le mot "rapière" se convertit en un terme péjoratif qui s’appliqua à une épée d’une longueur de lame disproportionnée, l’arme d’un fanfaron. Henry de Sainct Didier, gentilhomme provençal, est considéré comme le premier des maîtres d’armes français. Son Traicté contenant les secrets du premier livre sur l’espée seule, mère de toutes les armes date de 1573 est publié à Paris. Il le dédie à Charles IX roi de France. Comme tous ses contemporains, il pense que la connaissance de l’escrime réside dans l’utilisation de l’épée seule (la rapière). Il décrit l’utilisation de celle-ci de façon individuelle ou en combinaison avec la dague, la cape, la targe (petit bouclier rond de 25 cm de diamètre), la rodelle (bouclier rond d’environ 60 cm de diamètre) et à deux épées. Époque oblige, il traite aussi de l’utilisation de l’épée à deux mains encore utilisée sur les champs de bataille. Le XVII e siècle fut connu en France comme la période de la codification : les cinq pas basiques du ballet classiques furent établis en 1650, les traités en tout genre proliférèrent : l’art de la guerre, l’anatomie, la physionomie, l’optique. L’Apparition du grand dictionnaire de la langue française (1638 – 1694) établi par l’Académie française garantit à la langue de Molière sa position de langue européenne dans le milieu de la diplomatie, du langage de l’aristocratie, de la bonne cuisine et bien sûr de l’escrime. En 1653, Charles Besnard de Rennes, maître d’armes, démontre dans son traité Le maistre d’arme libéral, que les français avaient finalement dépassé les italiens, dont les maîtres n’avaient jamais pris en compte les mouvements purement défensifs (pour ceux-ci, chaque garde devait être autant une attaque qu’une parade). Besnard (qui est, semble-t-il, le premier à utiliser le mot fleuret, épée à lame de section carrée très légère et donc très rapide) stipula que faire deux choses à la fois était une erreur, il sépara l’attaque de la défense. Le pied d’appel se trouvait toujours devant de manière à ce que l’escrimeur avançait ou reculait toujours sur une ligne, permettant aux parades et aux ripostes d’être plus efficaces. Besnard introduit les saluts formels, un symbole de courtoisie et de bonnes manières. Les italiens préconisaient d’avoir le corps en avant, les deux bras devant le corps et la lame projetée le plus en avant possible, le tout dans une attitude très agressive. Les français préféraient éloigner le visage, la gorge et le cœur de l’adversaire en adoptant une position centrée, jambe forte en avant, les épaules à hauteur des hanches, le tronc en trois-quarts, le bras armé en avant mais coude plié, la main faible en arrière pour faire balancier. A Besnard lui succéda une lignée de grands maîtres et théoriciens : Philibert de la Touche publie son traité Les vrays principles de l'espée seule en 1670, Le Perché (qui popularise la contre riposte) en 1676 dans son traité L’exercice des armes, Wernersson André de Liancour et son traité Le Maistre d’Armes en 1686 et Le Sieur Labat et son traité L'Art en fait d'Armes en 1696. A mesure que l’épée de cour évoluait, la technique moderne de l’escrime à une arme seule se développa, le bras faible, qui était utilisé pour parer ou envelopper la lame de l’adversaire, s’utilisait en retrait pour équilibrer le corps et ses mouvements. Comme nous l’avons vu, pendant 150 ans, la rapière avait été l'épée civile principale en Europe et les Italiens étaient incontestablement les maîtres. Mais la mode changeante à la cour de Louis XIV amena au développement d'une arme plus manoeuvrable, l’épée de cour, qui convenait davantage aux perruques et aux ruches de l'époque. Cette épée plus légère permit de séparer les attaques et les ripostes et à mettre en place, pour la première fois, une méthode beaucoup plus efficace de défense qui ne pouvait être réalisé avec la longue rapière avec laquelle les actions rapides de la main étaient impossibles. Dans son traité Maître d’armes ou l’exercice de l’épée seule dans sa perfection, 1692, le travail de Liancour a été de décrire les derniers principes de la manipulation de l’épée de cour et à établir un modèle français distinctif. À la différence de la plupart des grands maîtres qui on écrit vers la fin de leurs vies, Liancour a édité son livre peu de temps après avoir commencé sa carrière et a continué à pratiquer à Paris pendant 40 ans. Le respect élevé dans lequel ce livre a toujours été tenu est dû en partie à l’utilisation judicieuse d’illustrations dramatiques pour émerveiller et instruire ses lecteurs. Quatorze gravures splendides montrent des combattants dans des costumes raffinés du XVIIe siècle, les combattants exécutant des mouvements sur de vastes champs avec de magnifiques arrières plans. Liancour ne fait plus mention de coups de taille. Il soutenait que la lame triangulaire creuse classique de l’épée de cour conçue purement pour pousser était plus efficace que la rapière avec ses tranchants. Il suggérait aussi que le maître devait avoir une lame plus légère et plus longue que celle de ses disciples, car avec tant de leçons à donner, le maître ne devait pas se fatiguer excessivement. Jusqu’à Liancour, on avait pratiqué l’escrime avec une intention meurtrière évidente, comme si sa vie dépendait de son adresse. Dès lors, l’escrime se convertit en un exercice courtois, faisant partie d’une bonne éducation, comme l’exercice de la musique, la danse ou l’équitation. L’agilité du poignet et l’utilisation prudente des doigts remplacèrent le style agressif connu jusqu’alors. Bientôt, à la cour du roi Louis XIV, l’escrime de cour fut considérée comme ennuyeuse, on commençait à exiger l’émotion du défi qu’impliquaient les duels, mais sans les blessures. S’initia alors la recherche d’une nouvelle arme qui donnera comme résultat le fleuret à pointe émoussée, arme plus légère avec une lame de section carrée/rectangulaire, la première arme purement sportive. Les français introduisirent les arbitres dont le rôle était de déclarer le vainqueur après un assaut qui devait durer un temps déterminé. L’introduction du fleuret fut un grand succès. De plus, l’instinct de survie continuant à être une des principales préoccupations, on introduisit le premier masque d’escrime vers 1750 : une feuille de métal courbée avec des œilletons ou une large fente pour la visibilité. L’emploi des masques provoquaient certaines réticences : porter le masque venait à dire que la personne qui l’utilisait ne faisait pas confiance à son adversaire lequel pouvait prendre cela comme une insulte. De plus, prendre une telle précaution n’était pas vu comme une marque de virilité. Cette réticence se poursuivit pendant quelques décennies, jusqu’à ce que, dans un laps de temps très court, trois maîtres d’armes perdissent chacun un œil. C’est autour de 1800 que La Boessière introduisit un nouveau masque fait d’une grille métallique. Pendant que la vieille garde continuait à le déconsidérer, il permit à la nouvelle vague d’être plus rapide dans ses phases d’armes. En effet, étant protégé au visage, il était plus facile d’accélérer le rythme sans avoir peur de blesser ou être blessé. Ces nouveautés permirent de jouer sur un répertoire plus complet de mouvements connus sous l’appellation de phases d’armes c'est-à-dire une séquence d’exécution de mouvements : attaque – parade – riposte – contre riposte. La conversation des fers était née (en effet, lorsque deux personnes effectuent des passes d’armes ils engagent ce qu’en escrime on appelle une conversation). Les bases de l’escrime que nous connaissons aujourd’hui étaient jetées, les conventions et les règles ne cesseront d’évoluer jusqu’à nos jours sous la forme de l’escrime dite olympique ou moderne. C’est à partir de la deuxième moitié du XXe siècle qu’un certain engouement pour l’histoire de l’escrime et la redécouverte des origines de celle-ci poussa bon nombre de passionné à se lancer dans l’étude. De cette passion, nombre d’écoles, académies ou groupes de reconstitution sont nés de par le monde occidental pour promouvoir l’escrime historique et artistique. Des maîtres ont renoué avec la tradition pour le plaisir de leurs élèves et celle d’un large public en quête d’un passé, d’une Histoire, de racines, de rêves.

 

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